Éditorial 59

Par Fabrice Massé

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Pour éviter le chaos climatique et financier, il existe une solution scandaleusement simple

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Défi n°1 : une métropole acclimatée

« Il faut des investissements dans la construction, l’urbanisme… », affirmait Jean Jouzel sur le plateau d’Arte journal, le 8 octobre dernier, rappelant l’urgence à agir pour contenir la température terrestre au-dessous de 1,5 °C. L’ex-vice-président du groupement intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) commentait le dernier rapport de l’institution, prix Nobel de la paix. Selon ce rapport, comme nous le savons désormais tous, il ne nous resterait que douze ans pour limiter la casse.

Mais qu’à cela ne tienne. Puisque toutes les villes de France ont été invitées à réviser leurs projets d’urbanisme, rendus obsolètes par les dernières lois sur la transition écologique, nous disposons des moyens d’agir. Ceux-ci doivent en effet, depuis l’an 2000, intégrer précisément les enjeux du « développement durable » dans leurs documents cadres.

Pour certaines métropoles, les projets révisés sont d’ailleurs déjà arrêtés ; ils sont ou seront sous peu soumis à l’enquête publique. C’est le cas de celui de Montpellier et de quelques agglomérations et communautés de communes d’Occitanie et d’ailleurs. Pour d’autres, pourtant adoptés en 2017, des « révisions lourdes » sont parfois en cours comme à Toulouse. Or, que lit-on sur la prise en compte de l’urgence écologiques dans ces épais documents, parfois de plusieurs tomes, révisés ou non ?

La réponse est presque trop évidente : pas grand-chose, ou pas grand-chose susceptible de nous rassurer ! Si globalement les diagnostics sont solides, « la mise en œuvre est assez timide ; c’est ce qu’on relève assez souvent », note Philippe Guillard, directeur de la Mission régionale de l’autorité environnementale, chargé d’évaluer notamment les plans locaux d’urbanisme et les schémas de cohérence territoriale (SCoT). Un euphémisme.
Dans le projet urbain d’une grande agglomération d’Occitanie, décrit par son SCoT et adopté récemment, on lit ceci : « Le changement climatique aura certainement des interactions fortes avec l’aménagement du territoire, qu’il est nécessaire d’anticiper dès aujourd’hui. » On jurerait qu’il s’agit d’une découverte !
Sans surprise, les mots-clés qui rythment le document sont « développement », « maîtrise », « valoriser », « préserver », rarement « réduire », jamais « résilience ».

Pas grand-chose, donc.

Enfin… pas tout à fait. Dans le SCoT arrêté le 16 juillet dernier par les 31 communes du Montpelliérain, le principal objectif des villes les distingue parmi toutes les autres en France. Leur « défi n° 1 : une Métropole acclimatée ». C’est inédit, ambitieux et à priori parfaitement adapté à l’air du temps. En étant historiquement une référence pour les autres projets urbains des villes de France – notamment par la notoriété de l’auteur de son SCoT en 2006, l’urbaniste Bernard Reichen qui fut primé en 2005 – Montpellier Méditerranée Métropole pourrait inspirer la rédaction de beaucoup d’autres projets urbains «acclimatés», démultipliant ainsi l’impact de son SCoT 2018/2040.

Mais avant cela, il lui faudra consolider la partie mobilité de son projet et accepter, malgré le risque politique éventuel, de la remettre en question. Car malgré sa clairvoyance, y compris sur les questions liées à la biodiversité, le SCoT de Montpellier Méditerranée Métropole conserve la volonté de créer « un anneau de contournement routier » autour de la ville centre (lire page 11), et ceci est incompatible avec son défi n° 1. Comme l’écrivait Jean Jouzel, « pour éviter le chaos climatique et financier [il existe] une solution scandaleusement simple* » : ne pas le faire !

* Jean Jouzel, Pierre Larrouturou, Pour éviter le chaos climatique et financier. Une solution scandaleusement simple, 2017, Ed. Odile Jacob