À la lassitude d’un paysage urbain dopé aux hydrocarbures, soudain se substitue la volonté de faire face
Il y a une scène, décrite dans ce numéro, qui pourrait sembler anodine : un habitant de Vic-la-Gardiole qui sort sa chaise devant chez lui et travaille sur son ordinateur, au seuil de sa maison. Là où il y avait une voiture garée. Là où il n’y avait, avant, aucune raison de s’attarder.
C’est peu de chose. C’est tout.
Parce que la ville ne se transforme pas par les grands plans, les schémas directeurs ou les orientations d’aménagement. Elle se transforme quand quelqu’un décide de sortir sa chaise. Quand un trou dans le trottoir devient le prétexte à planter un jasmin étoilé ou un bougainvillier. Quand un stade de football, depuis toujours la fierté d’un quartier à l’écart, devient la scène d’un festival hip-hop qui réaffirme avec enthousiasme sa vitalité créatrice.
Ce printemps en Occitanie, l’art n’est pas non plus l’expression d’une politique culturelle de la Ville, mais celle de ses habitants. Ils la conçoivent en s’immisçant dans ses quartiers, dans ses interstices, y compris là où peu l’attendent.
Par ces temps où les subventions se réduisent et les menaces s’accumulent, la résistance, elle, ne flanche pas. Au Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de l’Hérault, elle prend parfois la forme d’une bombe à graines lancée sur un délaissé urbain. Ou d’un espace de respiration, parc de la… Soufflerie, grâce au festival Faites de l’Image.
Il y faut de l’obstination. Parce que les vieux schémas de l’ingénierie de l’aménagement – ceux qui pensent la ville en flux, en stationnements, en rendements au mètre carré – résistent au changement avec une belle constance. Ils ont leurs lobbies, leurs actionnaires, leurs mornes certitudes. Mais ils peuvent être déjoués. Par un collectif qui occupe une friche avant qu’elle ne soit cédée. Par un paysagiste qui convainc une mairie qu’une place végétalisée vaut mieux qu’une place de parking. Par un festival qui part à la rencontre des publics oubliés par la métropolisation.
Au commencement, il y a donc une envie. Une envie de changement. À la lassitude d’un paysage urbain dopé aux hydrocarbures, soudain se substitue la volonté de faire face. De se donner les moyens d’agir. Comme pour un grand ménage de printemps, suffisant cependant pour que ses effets survivent à la saison.
Bien sûr, l’initiative vient aussi souvent du maire. Pour qui démarre alors le parcours institutionnel habituel : études, consultations, appels d’offres, recherches de fonds de concours… Un parcours du combattant qui peut doucher sa bonne volonté, bousculer ses habitudes et susciter la controverse. Tout sauf simple. Mais parfois ça marche.
Car l’art ne décore pas la ville. Ni le végétal, encore trop considéré comme un élément de mobilier urbain. La ville est une œuvre en cours, faite de beaux gestes et de repentis. Il suffit parfois de sortir sa chaise. Un signal faible qui montre que le but est sans doute atteint.