
Le récent lancement de la classe optimum de la SNCF, interdite aux moins de 12 ans, a suscité de nombreuses polémiques, questionnant une nouvelle fois la place des enfants dans la société. Si Montpellier ne fait pas partie des villes les plus « baby friendly » de France (classement Faireparterie-ISGlobal 2025), le territoire se distingue néanmoins par une offre culturelle variée (Saperlipopette, Festi-petits, visites babillages au musée Fabre, intégration depuis trois ans au réseau international Ville des enfants…) à laquelle s’ajoute, depuis le 6 février 2026, mille formes – nouveau centre d’initiation à l’art entièrement dédié aux 0-6 ans.
Inspiré du site éponyme créé il y a sept ans à Clermont-Ferrand, ce nouveau lieu emblématique gratuit, implanté entre le centre commercial Polygone et le quartier Antigone (à la place de l’ancienne médiathèque F. Fellini), affiche une triple ambition : rendre accessible l’art dès le plus jeune âge, cultiver la relation enfant-parent par un accompagnement novateur de la parentalité et renforcer la médiation et l’inclusion pour tous. La conception du lieu est d’ailleurs le résultat du travail collectif de 90 agents des trois pôles de la ville – petite enfance, culture et éducation.

Interdit de ne pas toucher
En charge du projet, l’architecte designer et plasticienne Sarah Gouy a souhaité, dès l’entrée, éveiller les sens, faire ressentir l’espace, les contrastes visuels, les ambiances sonores, « jouant sur les contraintes du lieu (façade aveugle, réverbération sonore, deux niveaux…) tout en encourageant la circulation libre et l’exploration sensorielle ». Le sol souple et coloré répond aux couleurs primaires structurant l’espace ; les luminaires, tout en légèreté, prennent la forme de hula-hoop ; l’escalier jaune vif doté d’un toboggan et la banque d’accueil cannelée rendent hommage aux codes du Catalan Ricardo Bofill (le concepteur du quartier Antigone), tandis que le mélange de matériaux – bois, métal, mosaïque ou encore textile – invite au toucher. « Avec ses ambiances chromatiques formelles qui peuvent tout aussi bien évoquer la mer, les nuages, la plage…, mille formes ouvre le champ des possibles et stimule l’imaginaire des enfants », exprime l’architecte designer, qui réalise d’ailleurs de nombreux projets avec et pour les enfants. « À la différence d’autres centres d’art, nous avons privilégié les dispositifs immersifs pour que l’enfant soit auteur des gestes ; ici, il est interdit de ne pas toucher », complète fièrement la directrice du lieu, Lydie Marchi.
Bonjour !, café miam miam, la formilière, la cabane, le mimu… les noms des huit espaces dédiés au public ont été choisis par un groupe d’enfants lors d’un workshop, une manière interactive de leur faire prendre pleinement possession du lieu.

Trois univers artistiques
S’ouvrir au monde, saisir les formes, participer en pratiquant, impliquer parents et enfants : mille formes, projet interdisciplinaire à 4 millions d’euros, n’aurait pu voir le jour sans le concours du Centre Pompidou. « Avant même son ouverture en 1977, le centre a toujours été engagé envers le jeune public, rappelle David Cascaro, directeur des publics du centre d’art parisien (fermé pour rénovation jusqu’en 2030). Depuis, il n’a cessé de compagnonner avec les artistes, toujours dans un dialogue avec nos chefs de projet de médiation. Les dispositifs ont pris différentes formes (ateliers des enfants, cosy visites, stations bébés, studio 13/16, workshops…) jusqu’à la monumentale Galerie des enfants, lieu d’exposition avec, non pas des œuvres, mais des installations imaginées par des designers et artistes pour accueillir les enfants et les familles autour d’un projet éducatif et culturel. » C’est justement sur cette expertise que le centre d’art montpelliérain a pu s’appuyer – l’équipe a d’ailleurs reçu des formations basées sur les neurosciences affectives et sociales pour mieux comprendre le développement du cerveau de l’enfant. « Le projet a été pensé en parfaite horizontalité et c’est maintenant la direction de Lydie Marchi qui va infléchir l’identité du lieu », insiste David Cascaro.

Pour sa première programmation, mille formes a puisé dans le catalogue du Centre Pompidou (une quarantaine d’installations) et a sélectionné trois artistes. Au rez-de-chaussée, les petits visiteurs sont accueillis par l’installation Totemic, série de petits modules réalisés par Damien Poulain. « Ces différentes sculptures, que l’artiste apparente à une sorte d’alphabet visuel, sont composables, décomposables et remodelables à l’envi, avec différentes formes et hauteurs », décrypte David Cascaro. Conçues à partir de mousse, elles permettent de redessiner l’espace et de créer une œuvre personnelle.
Au premier étage, l’exposition Quel cirque !, dispositif ludique et créatif, invite à découvrir l’univers poétique du sculpteur Alexandre Calder : souffler, empiler, tourner, explorer l’espace, le vide, le plein… la manipulation des formes colorées met tous les sens en éveil. « Le Centre Pompidou a travaillé avec la fondation Calder pour proposer des formes et un dispositif adapté, précise David Cascaro. Cette installation tourne partout dans le monde depuis une quinzaine d’années, mais elle s’enrichit régulièrement de nouveaux développements. »

Dans la bulle aux bébés, l’artiste Stéphanie Laleuw a choisi de développer un univers pop ultra coloré, très instagrammable, dans lequel une jungle de tissus cache surprises visuelles et sonores. Ludique, vivant, sensible, à l’image de ce nouveau centre qui a prévu une programmation renouvelée tous les quatre à six mois.
Légende
Lors de l’inauguration, Jihun de la Cie Balthazar, s’échauffe avant son numéro dans une des salles de Mille formes, à l’étage.








