À Toulouse comme à Montpellier, le printemps ne se fait pas seulement ressentir par la montée sans transition des températures, les terrasses qui ne désemplissent plus et le pollen qui tirent larmes et éternuements. Le printemps est aussi, ici, délibéré et construit ; c’est à ce moment où l’art s’immisce dans les rues, proposant ses découvertes et perceptions urbaines inédites. Avec trois rendez-vous annuels : à Toulouse, en juin, le Nouveau Printemps s’installe dans le quartier Bonnefoy-Jolimont, tandis que Faites de l’image, le premier week-end de juillet, investit le parc de la Soufflerie sur l’île du Ramier. À Montpellier, les 8 et 9 mai avec la première édition du festival hip-hop Kosmik, qui permettra de (re)découvrir les espaces couverts du stade de la Mosson, quartier La Paillade. En ces trois territoires en pleine mutation, différents langages artistiques et une même conviction : les œuvres peuvent modifier en profondeur nos relations avec la ville et ses espaces.

Nouveau Printemps : un quartier réinventé par son artiste invitée, Rossy de Palma
• 29 mai – 28 juin 2026, quartier Bonnefoy / Jolimont
Depuis sa réinvention, du Printemps de Septembre automnal au Nouveau Printemps, le festival d’art contemporain choisit d’opérer un déplacement permanent : non seulement géographique, en ancrant chacune de ses éditions dans un quartier différent, mais aussi curatorial, en invitant chaque année un·e artiste associé·e dont la discipline n’est pas a priori celle des arts visuels. Chaque édition est donc une nouvelle page sur laquelle des artistes issus du cinéma, de la littérature, du design, de la mode ou de la musique proposent leur vision pour la programmation tout entière du festival. Au-delà du renouvellement, cela crée les conditions d’un regard neuf sur la création contemporaine.

En 2026, c’est donc Rossy de Palma qui conçoit avec l’équipe la programmation, le choix des œuvres et des expositions. Révélée par Pedro Almodóvar, elle est actrice, mais aussi plasticienne, performeuse et figure de la haute couture. Une artiste plurielle qui déborde les cadres et se définit moins par sa discipline que par sa personnalité – sa manière de porter l’art au monde. Pour Toulouse, elle annonce vouloir « saisir l’esprit de la ville, s’inspirer de ses récits, ses désirs, ses voix », telle « une déclaration d’amour », comme cité dans le dossier de présentation du festival.
Un amour pluriel, qui se décline avec plus de quarante artistes convié·es à investir des lieux variés, à produire des œuvres in situ ou à présenter des créations existantes dans un nouveau contexte, opérant alors d’un déplacement, d’une transformation nouvelle. Le festival leur propose de travailler au sein de lieux tour à tour essentiels dans la vie du quartier, ou inattendus : la médiathèque José Cabanis, l’artist run space Lieu-Commun, les ateliers d’artistes IPN et trois_a, un observatoire astronomique, la gare Matabiau, le pôle d’économie sociale et solidaire Les Herbes Folles, etc. Ce focus sur la constellation des lieux de culture, de création, de partage de savoirs met en avant un quartier qui porte l’art dans son ADN et dont de nombreux chantiers remodèlent le visage, questionnant l’avenir.
En offrant des fragments de la ville aux artistes, le Nouveau Printemps révèle l’histoire, l’architecture et les usages de la matière urbaine, ses transformations passées et à venir. Le public est au centre de cette traversée, notamment lors du week-end d’ouverture, point culminant et festif qui propose de se retrouver autour d’ateliers, de spectacles de danse, performances, concerts, projections et rencontres.
Faites de l’Image : illuminer une île « Quand mon cœur fait boum ! »
• Vendredi 3 et samedi 4 juillet
À quelques semaines de distance, un autre festival prend le relais, île du Ramier, dans un esprit à la fois différent et complémentaire. Créé par le collectif Les Vidéophages en 2002, l’événement célèbre la création autour de l’image au sens le plus large, libéré de toute frontière, catégorie ou hiérarchie. Ciné-concerts, ateliers, œuvres interactives, installations lumineuses, projections en plein air : le programme est un archipel de propositions que l’on explore à son propre rythme, à prendre telle une flânerie artistique et immersive.
Rendez-vous singulier dans le paysage culturel toulousain, Faites de l’Image propose une mise en scénographie des lieux, des installations, jeux de lumière et surprises à chaque détour, pour offrir un écrin magique aux œuvres. L’expérience commence comme une balade poétique qui se déploie progressivement.
En 2026, c’est le parc de la Soufflerie de l’île du Ramier, qui accueille l’événement, se drapant ainsi d’une ambiance féérique. Ce lieu unique, entouré par les bras de la Garonne, porte en lui plusieurs strates de l’histoire toulousaine : il fut tour à tour minoterie, poudrerie, laboratoire aérodynamique… Et continue sa métamorphose avec le Grand Parc Garonne, projet visant à faire de l’île du Ramier le poumon vert de Toulouse. Écrin naturel ponctué d’un patrimoine bâti original, le parc de la Soufflerie promet d’être le terrain de jeu idéal pour mettre en scène les œuvres et créer des espaces et moments d’émerveillement, de création et de convivialité, le temps du festival.

Portant le titre « Quand mon cœur fait boum ! », cette vingt-cinquième édition de Faites de l’Image célèbre le vivant et la nature environnante, dans un élan artistique, toujours bienveillant. L’événement affiche par ailleurs démarche écologique assumée, recourant à des matériaux de récupération pour sa scénographie et veillant au respect des sites qu’il habite. À l’image de l’île elle-même, l’événement propose un espace de respiration propice à la rencontre artistique ; un espace de tous les
possibles.
À la Mosson : naissance d’un festival, première édition de Kosmik
• Les 8 et 9 mai, stade de la Mosson (sous la Butte Paillade), Montpellier (décalé)
À Montpellier, c’est dans un tout autre registre que la culture fait vivre et vibrer la ville, avec le festival Kosmik, premier festival hip-hop de la Métropole. Il est porté par l’association UNi’SONS, à qui l’on doit déjà, et ce depuis plus de vingt ans, le festival Arabesques. C’est au stade de la Mosson, sous l’espace couvert des gradins de la Butte Paillade, que le festival prend son ancrage. Un choix loin d’être anodin : ce haut lieu de rassemblement et d’émotions constitue le cœur battant d’un quartier populaire et cosmopolite, longtemps délaissé par les politiques urbaines. Construit dans les années 1960 pour accueillir les rapatriés d’Algérie, le quartier de La Paillade est aujourd’hui au centre d’un vaste programme de rénovation, dont témoignent les grues qui jalonnent quotidiennement son paysage. Comme d’autres bâtiments, le stade sera conservé et transformé, et Kosmik y esquisse déjà un usage élargi : non plus seulement un lieu de sport, mais un espace de rassemblement dédié à la danse et à la musique.
Ce lien entre le festival et le territoire n’est pas simplement symbolique, il est historique. C’est précisément à La Paillade que le hip-hop s’est imposé, dès la fin des années 1980, comme langage d’une jeunesse issue de migrations et de classes populaires, cherchant dans la musique, le graff et la danse une manière de s’affirmer, de se rassembler et de se faire entendre. De cette énergie-là sont nés les premiers collectifs, puis, en 2000, UNi’SONS, association qui accompagne depuis lors des générations d’artistes locaux. Kosmik s’inscrit pleinement dans cet ADN, en mettant en avant des talents montpelliérains, passés par les ateliers et le tremplin de l’association. Le festival convie également des figures établies du rap français, des artistes issus de la nouvelle génération et propose une soirée dédiée au rap féminin, veillant à ce que toutes les voix puissent se faire entendre.

À l’image de son quartier, la programmation du festival entend à la fois affirmer une identité, celle du hip-hop, et révéler toute la richesse des cultures urbaines, à travers des concerts, mais aussi des battles de breakdance, du graff réalisé par des habitants du quartier, des rencontres, ateliers ou encore la retransmission d’un match de football en direct du stade. Au-delà de la musique, c’est donc toute une culture urbaine et l’identité d’un quartier qui est mise en avant et valorisée à l’échelle de la métropole.
Des villes en mouvement
Entre une urbanité mouvante et des œuvres contemporaines – et au-delà de leurs spécificités et différences, ces trois événements font dialoguer les habitants, les artistes et les publics. L’art n’y est pas un décor mais un moyen pour rassembler, questionner et réparer la ville ; elle-même à sa grande échelle, une œuvre en cours.
Légendes :
1- Faites de l’Image, 2021 © Thomas Guillin
2- Cette année encore, le Lieu-Commun participe au Nouveau Printemps.
© Lieu-Commun, « La grotte, c’est en peignant qu’on devient peigneron », avec Bonnefrite, Paul Cox & Nicole Crême.
3- Garage Bonnefoy. © ppa•architectures
4- Kœurbo sera un des artistes au programme de Kosmik. © Hosman



