Le projet est ambitieux. D’un coût total de 1,8 million d’euros, il marque la transformation de ce site historique en un «centre d’arts et du patrimoine» résolument tourné vers l’avenir. Il a été financé à plus de 60 % par la Communauté de communes Sud Hérault et le reste, à parts égales, par l’État et le Département qui en est propriétaire. Le lieu, qui accueille désormais le service patrimoine de la communauté de communes, s’organise autour d’une vaste salle d’exposition de 550 m², d’un espace dédié à la médiation et à la vidéo, ainsi que d’ateliers pédagogiques, grand ouverts aux scolaires, et au public​⁠.
À l’étage inférieur, un espace d’exposition temporaire. L’exposition en cours jusqu’au 9 mai retrace l’histoire de l’ancienne voie ferrée, aujourd’hui reconvertie en voie verte. Elle présente aussi Camin’ Arts, un parcours artistique hors les murs jalonné d’œuvres de neuf artistes : Maxime Sanchez, Pablo Garcia, Suzy Lelièvre, Elisa Fantozzi, Sylvain Fraysse, Smole et Gum, Valérie du Chéné et Paul Loubet. Des installations qui invitent à une déambulation entre art et territoire​⁠.

Valérie du Chéné, une artiste entre couleur et engagement
Pour inaugurer ce nouveau chapitre, Roueïre a choisi de consacrer sa première exposition monographique à Valérie du Chéné, artiste pluridisciplinaire installée à Coustouge (Aude). Reconnue bien au-delà de la région – ses œuvres ont été exposées à Paris, Buenos Aires, et elle enseigne aux Beaux-Arts de Toulouse –, Valérie du Chéné développe depuis ses études aux Beaux-Arts de Paris une réflexion exigeante sur la couleur, l’architecture et notre manière d’habiter l’espace.
Intitulée Bonjour !, l’exposition s’articule autour d’une œuvre centrale conçue in situ. En découvrant la grande salle et sa fenêtre ouverte sur la campagne, l’artiste a imaginé une pièce capable de structurer la déambulation et d’animer les volumes. Avec la commissaire Valérie Mazouin, elle a élaboré une scénographie s’appuyant sur des « paravents » monumentaux, déjà expérimentés dans une cour d’école. L’idée est d’observer l’impact de ses volumes sur les déplacements et la perception de ses œuvres​⁠.

Énergie structurante
Le parcours retrace les grandes strates de son travail : dessins préparatoires, carnets, peintures, volumes et installations révèlent un processus en couches successives. Trois axes traversent l’ensemble : la couleur comme énergie structurante, la relation à l’autre, et la dimension sociale de l’art. Valérie du Chéné, engagée dans de nombreux projets participatifs auprès de publics variés (patients, détenus, habitants), interroge ainsi le rôle de l’artiste dans la cité.
Parmi les œuvres présentées, Lieux dits (2009-2010), réalisée au Japon à partir de témoignages sur des lieux réels ou imaginaires associés à des souvenirs heureux ; le Bureau des ex-voto laïques, qui détourne la tradition votive pour recueillir des récits de guérison, illustrent son approche à la fois poétique et critique. «Même si l’artiste ne le revendique pas, l’humour n’est pas absent de certaines œuvres», tient à souligner Andréa Fornos, médiatrice culturelle du centre d’art. Ses collaborations, comme celle avec l’historienne Arlette Farge autour d’archives judiciaires du XVIIe siècle, donnent naissance à des dessins où l’absurde et le burlesque côtoient la couleur, sans jamais l’envahir​⁠.
L’exposition évoque aussi ses influences, de Claude Viallat à Henri Martin, et s’achève sur un dessin animé conçu avec Félix Chevrier, rassemblant les figures et motifs récurrents de son univers : silhouettes en tension, fantômes traversant des tunnels, échos de ses lectures de Walter Benjamin​⁠.

Avec « Bonjour ! », Roueïre ne se contente pas d’accueillir une artiste talentueuse : il affirme un positionnement. Celui d’un lieu ambitieux placé sous le signe de la transmission et du partage où l’art impulse sa manière harmonieuse d’habiter le territoire.

Légendes

1 – Vues de l’exposition de Valérie du Chéné. Son œuvre Bonjour ! en donne le titre.
2 – Ses « objets à supplément d’âme » qui en ponctuent le parcours, sont également présents dans des vidéos réalisées par l’artiste avec Régis Pinault.