On ne fait guère dans la poésie lorsque la catastrophe est là
Heureusement, en Occitanie, des pompiers ont mis au point un système anti-incendie remarquable. Sans ironie. Un deuxième dôme de chaleur accable le pays, en à peine plus d’un mois, tue, hommes et femmes, et d’abord les plus précaires ; pas de quoi rire. Quand certains se creusent les méninges et trouvent des moyens d’y faire face, c’est une bonne nouvelle, point.
Leur invention, Lionel Lopez et Damien Molinengo l’ont appelée REPLI pour Réseaux protection et lutte contre les incendies. Sans doute par pragmatisme. Ils auraient pu l’appeler Colibri selon une référence popularisée par feu l’écologiste Pierre Rabhi. Le dispositif principal use en effet d’une perche de brumisation qui rappelle le bec de l’oiseau. Selon la légende, le colibri fait sa part quand un incendie dévaste la savane, sous l’œil incrédule du tatou.
Mais non. Là, on est dans le solide, l’opérationnel, l’efficace. On ne fait guère dans la poésie lorsque la catastrophe est là. Pouvoir compter sur un réseau de protection et de lutte est vital.
REPLI aurait pu rassurer M. Baur, par exemple. Propriétaire d’un gîte rural à Claret, en pleine garrigue, il n’a pas fermé l’œil pendant trois jours alors qu’une free party s’est installée début juin, en contrebas de son joli mas. De quoi perdre la tête. Qui plus est, alors que les risques de feu dans la région sont aigus et connus de tous, un des teufeurs – tout à sa joie d’avoir pu devancer les barrages de gendarmerie, sans doute – l’a exprimé en lançant des feux d’artifice.
Mais dans cette fragile garrigue, les gîtes ruraux et leurs propriétaires ne sont pas les seuls à être menacés par le changement climatique et les envahissements impromptus et intempestifs. S’il n’y a pas de colibris sur ce plateau de l’Hortus, en cette fin de printemps, de nombreuses espèces d’oiseaux y nichent à même le sol, et des fleurs rares y ont été inventoriées. Leur progéniture et leurs pétales ont été piétinés par la free party.
Le réseau de protection et de lutte efficace, on le réclame avec force, dans ces cas-là. Il faut des réponses concrètes et immédiates. Contre le changement climatique, outre des systèmes anti-incendie, on peut installer des centrales de panneaux photovoltaïques sur ce plateau ensoleillé. Mieux vaut prévenir que guérir. Et contre les teufeurs imbéciles, envoyer les gendarmes. Et s’il le faut, faire voter des peines de prison pour les organisateurs de tels rassemblements musicaux. REPLI et RIPOST, en quelque sorte, selon l’acronyme de la loi avec laquelle le législateur entend gérer le problème.
Sauf que… Installer des centrales de panneaux photovoltaïques dans cette zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) est pire encore que le feu et le piétinement ponctuel d’une free party. La nature se montre bien plus résiliente aux seconds qu’aux premiers. C’est pourtant la décision qui a été prise par les pouvoirs publics, puisque la préfecture de l’Hérault en a validé la possibilité le 13 juin, soit à peine quelques jours après avoir réprimé les participants à la fête (saisie du matériel, amendes…).
Quant à durcir la législation sur les teufeurs, qui pense sérieusement que cela puisse régler quoi que ce soit ? Peut-on interdire aux jeunes générations de faire la fête gratuitement ? Y compris si cela génère quelques frais pour la collectivité ?
En cette année internationale consacrée par l’ONU au pastoralisme – très efficace contre le feu et le changement climatique, très favorable aussi à la biodiversité –, peut-être serait-il le moment de faire preuve de nuances et d’engager un débat apaisé sur le sujet. Le seul binôme repli technosolutionisme et risposte autoritaire semble si illusoire… et triste.