Éditorial 91

Par Fabrice Massé

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Dans l’Hérault, d’absurdes chicayas brutalisent les acteurs et techniciens des secteurs culturel et associatif

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The Brutalist

Selon la théorie du chaos, il est impossible de déterminer le comportement d’un système dynamique, pourtant mathématiquement prévisible, sans en connaître précisément les éléments à l’œuvre, dès l’origine. La définition est, bien sûr, un peu plus complexe que cela.

Tout comme celle du concept de « destruction créative », diffusé par Joseph Schumpeter (1883-1950) dans son livre Capitalisme, Socialisme et Démocratie, paru en 1942, dans lequel il doute du modèle capitaliste. Où il est question d’un cycle économique qui conduit les sociétés les moins productives à disparaître lorsqu’une innovation les rend moins compétitives. Ce serait le prix de la croissance.

Comme source d’inspiration à l’humeur du jour, on peut aussi puiser dans le scénario du film The Brutalist qui, comme son titre le suggère, ne tresse pas non plus les louanges du système dynamique qu’est le capitalisme, créatif et destructeur. Dans le film, le style brutal fait finalement moins référence à l’architecture Bauhaus du début du XXe siècle qu’aux manières d’un mécène qui se croit autorisé, par sa fortune, à maltraiter son « protégé ».

C’est pourtant bien un chaos fractal (autre figure mathématique) dans lequel se débat aujourd’hui l’humanité, et dont on espère très hypothétiquement qu’elle pourra sortir, à terme, plus humaine. Tant au niveau local qu’au niveau international.

Dans l’Hérault, où d’absurdes chicayas, querelles mesquines et de mauvaise foi, brutalisent les acteurs et techniciens des secteurs culturel et associatif, un premier terme est fixé fin mars. Date à laquelle l’assemblée départementale et son président, M. Mesquida, choisiront entre le chaos ou la raison, la brutalité ou le care.

Le care ? Oui, cette éthique du soin et de la sollicitude importée des États-Unis et popularisée en France en politique, notamment par un courant du parti socialiste dans les années 2000. Du verbe anglais to care qui signifie « prendre soin, s’occuper de… ». Oui, ce qui vient de chez l’oncle Sam sait être bienveillant.

En art, c’est le registre de l’artiste Myriam Mihindou dont on peut s’imprégner de l’intelligence et la profonde force empathique au CRAC jusqu’au 4 mai, à Sète.

Au cœur de son exposition, sa pièce, Le service notamment, évoque cette pseudo-civilisation humaine qui, avec sa radicalité systémique et ses codes, s’obstine à dévorer la terre qui la nourrit.

La terre, celle qu’on trouve entre les racines des arbres qu’on s’obstine à arracher, à grand renfort de millions, pour tracer des routes censées faire liens. Mais de quels liens parlons-nous ?

Tandis que nous assistons avec effroi à la manière dont on use, à l’est comme à l’ouest, des algorithmes et de l’intelligence artificielle pour nourrir le chaos, sans doute serons-nous mieux inspirés de renforcer ici les liens qui unissent et non qui entravent : choisir la culture de la démocratie contre la brutalité des autocrates.