Un essai publié en mai 2024 aux éditions Cairn, 5 €.
Avec cet essai de 30 pages, Geneviève Azam et l’association La Voie est Libre nous amènent à faire un pas de côté et comprendre un enjeu qui dépasse le projet d’autoroute. Geneviève Azam entend démontrer comment le « désenclavement du territoire » relèverait d’une pensée inspirée d’un modèle économique dépassé. Non sans arguments. La chercheuse établit un lien entre le désenclavement et le remembrement généralisé d’après-guerre visant à augmenter les rendements de la production agricole. Elle explique ses effets catastrophiques à la fois sur la population locale et sur la terre totalement appauvrie et devenue plus vulnérable face aux cataclysmes climatiques plus fréquents. Geneviève Azam pointe la loi* « aménagement du territoire » de 1995 pour imposer, trente ans plus tard, une politique de désenclavement généralisée, appelée « désenclavement durable ». Dans le contexte du Grenelle de l’environnement de 2007 au Sénat, il n’est guère tenu compte de l’objectif visant à réduire la part modale de la route pour le transport des personnes et des marchandises. « L’autoroute A69 n’est plus discutable et va devenir un projet de la République » dénoncent les auteurs. Désenclaver 150 000 Sud-Tarnais serait aussi « une perspective coloniale » selon Mme Azam. Un fonctionnement de pensée considérant comme « des sous-développés » ceux dont il faut « domestiquer les milieux terrestres », pour leur bien. Des « missionnaires désenclaveurs » ouvrant ainsi « les portes d’une vie globalisée et métropolisée ». En fait, il s’agirait surtout de « désenclaver les affaires : la perspective industrielle de Pierre Fabre » pour qui le désenclavement n’aurait pas vocation à irriguer le territoire mais à créer un canal de flux logistique pour répondre aux besoins d’une entreprise. Plus généralement : « Assurer la durabilité du capitalisme en accélérant la plantation d’infrastructures et l’organisation de leurs financements. »
La chercheuse y décèle un paradoxe écologique : « D’un côté, la promotion d’un site industriel high-tech, connecté verdoyant et « propre », relié à un aéroport écologique fait de matériaux « d’extraction locale » et à une autoroute non moins écologique sur laquelle circuleront […] des voitures électriques ». De l’autre « la réalité des pollutions » des terres et des eaux, « l’étouffement d’un territoire vivant ».
Geneviève Azam explique qu’il existe pourtant une alternative avec la ligne ferroviaire Toulouse Castres.
Dommage cependant que les auteurs n’aient pas davantage étayé par des chiffres l’impact de cette infrastructure sur le territoire.
*Article 17 : « En 2015, aucune partie du territoire français métropolitain continental ne sera située à plus de 50 kilomètres ou de 45 minutes d’automobile soit d’une autoroute ou d’une route express… soit d’une gare desservie par le réseau ferré à grande vitesse. »