Je me demande si, après votre saccage, la Nature est plus belle et plus propre ?
La citation de Victor Hugo est bien connue : « Rien n’est plus puissant qu’une idée dont le temps est venu ». Reste que le chemin à parcourir peut être long, voire très long, infiniment long ! Ainsi en est-il peut-être du féminisme, et a fortiori de l’éco-féminisme.
Quoique les représentations de la femme et de son sexe soient multimillénaires – les premières, dans la grotte Chauvet, dateraient de -31 000 ans avant l’ère chrétienne, le sujet n’a de cesse de provoquer des réactions de rejet, la loi punissant même clairement l’exhibition sexuelle. Pour autant, depuis l’art pariétal, le sexe féminin n’a pas manqué d’inspirer les artistes. Depuis l’origine du monde, donc. La désormais célèbre toile éponyme de Gustave Courbet, restée près d’un siècle cachée en est désormais l’iconique démonstration.
Mais l’exposition du sexe féminin ne se réduit pas à la concupiscence qu’elle suscite dans le regard des hommes ; le male gaze comme on le décrit aujourd’hui. Elle peut exprimer bien d’autres sentiments. La mythologie conte l’histoire de Baubô qui, pour divertir Déméter, éploré par l’enlèvement de sa fille, retrousse sa tunique lui dévoilant sa vulve. Déméter en sourit et consent enfin à s’alimenter. Désigné sous le nom d’anasyrma, ce geste prend alors une tout autre dimension. Au fil des siècles, on lui prête le pouvoir de chasser le démon, d’éloigner les tempêtes et même de gagner une guerre ! Le courage des femmes perses, tableau d’Otto van Veen, est à cet égard une illustration de référence.
Aujourd’hui, dévoiler sa vulve est une prise de pouvoir. Des artistes et militantes féministes reprennent ce geste provocateur à des fins revendicatives. On pense aux artistes Valie Export, Deborah de Robertis, au mouvement Femen…
Mais la censure veille. La pression d’un conformiste social toujours présente. Et elle peut parfois tuer. Cinq ans après avoir peint au pochoir des vulves stylisées sur le mur menant à l’entrée de la grotte du Mas-d’Azil, l’Ariégeois Claudius de Cap Blanc a fini par s’immoler. Humilié par la justice qui, sur la plainte du maire, l’a condamné à les effacer, il a préféré la prison aux travaux d’intérêt général (sic). Les vulves sont encore là, intactes, mais ce héraut de la cause féminine, qui a décliné ce motif sous toutes ses formes et en toutes opportunités, en est sorti financièrement et moralement affaibli.
Claudius de Cap Blanc a néanmoins pu faire face grâce à l’intervention d’un mécène.
Mais, un lustre plus tard, en 2020, son Jardin vulvolithique fut vandalisé. Réalisé en pleine montagne pyrénéenne, au sommet du Prat d’Albis, près de Foix, son grand œuvre à la gloire des femmes qu’il vénère subit une énième salve de saccages.
Ses stèles en hommage à Olympe de Gouges, Louise Michel, Marguerite Porete, Henry David Thoreau, Bobby Sands, aux carmélites de Compiègne… ont été maculées de peinture blanche. Ses cairns détruits, tordus, arrachés. Atteint, Claudius de Cap Blanc se suicide et laisse sur place une lettre, dont voici les dernières lignes :
« […] En le saccageant vous n’avez pas fait que renverser des pierres et des stèles, vous avez profané quelque chose de la Femme, de la Mère, de la Terre.
Je me demande si cet acte vous a grandi.
Je me demande s’il a rendu le monde meilleur, quelque part.
Je me demande si, après votre saccage, la Nature est plus belle et plus propre ?
À part des cadavres et du barbouillage de peinture qu’avez-vous laissé ? »
En 2020, le maire de Mas-d’Azil a lui-même été condamné à trois mois de prison fermes pour refus d’obtempérer, conduite sous l’empire de l’alcool en récidive et défaut de maîtrise. Il est aussi 5e vice-président du Conseil départemental en charge de la Jeunesse, de la culture et des équipements sportifs.
En 2022, « pour des raisons de sécurité », l’Office national des forêts a fini de « démonter » l’œuvre, ne laissant que les pétroglyphes.