L’art opératif de la transition énergétique a parfois du mal à exceller
Art opératif… Tel est le terme militaire qui décrit la manière dont la stratégie politique est mise en œuvre sur le terrain par les états-majors. Le terrain, théâtre des opérations comme chacun sait.
Ainsi, bouffonnerie serait sans doute le terme le plus juste pour désigner le spectacle pathétique de cette rentrée, si la réalité n’était pas si tragique. Tandis que l’été caniculaire 2022 semble avoir ouvert les yeux des derniers dénégateurs du changement climatique, et que se dessine enfin la transition salvatrice tant attendue, c’est aussi en grande partie au Père Ubu Poutine qu’on la doit !
Sans le délire paranoïaque de ce satrape, les tribulations calamiteuses, absurdes et macabres de son armée, en serait-on aujourd’hui à planifier aussi rapidement un plan de sobriété énergétique ? Même la pandémie du Covid n’est pas parvenue à ce spectaculaire résultat. Avec sa rémission, les taux de CO2 ont retrouvé leurs courbes ascendantes comme le business as usual, l’ébriété.
Certes, en France, à l’heure où nous bouclons, les grèves aux dépôts de carburant qui paralysent le pays se surajoutent, même si elles ne sont qu’une conséquence indirecte de la guerre en Ukraine. Tout de même… Partout ou presque, dans tous les pays occidentaux et notamment en Europe, la hausse du prix de l’énergie aura été, de fait, le moment catalyseur de la mobilisation, pour enfin engager le changement de ce modèle fossile.
En Occitanie, la Région s’est fixé pour objectif, depuis 2016, de devenir la première en Europe à Énergie positive, c’est-à-dire à produire plus d’énergie renouvelable qu’elle n’en consomme (peut-être dira-t-on d’ailleurs aujourd’hui : à consommer moins d’énergie qu’elle n’en produit). On n’a donc pas attendu la guerre du Roi à la Gidouille pour adopter une stratégie de transition écologique, mieux qu’énergétique. Afin d’éviter que la température grimpe davantage, que les corps et les esprits s’échauffent, que la vie soit menacée.
À d’autres échelons géographiques – à tout échelon en réalité –, l’art opératif de la transition énergétique a parfois plus de mal à exceller. Quand le discours se heurte à la réalité des projets mis en œuvre. Et c’est cette incohérence qui complique la tâche des états-majors, encore civils, heureusement, et non militaires pour l’heure.
Aussi, quand de grands projets inutiles, dispendieux et moches sont encore défendus ici ou là, qu’ils sont « contraire[s] aux engagements sur le changement climatique », disait encore cet été le Conseil national de protection de la nature du ministère de la Transition écologique, à propos de l’un d’entre eux, il faut les arrêter. Qu’ils soient autoroutes, contournements routiers, parkings de centre-ville, etc., ils génèrent en eux-mêmes le conflit à court, moyen ou long terme.
« De par ma chandelle verte, merdre », comme s’exclame le Père Ubu, nous voilà bientôt contraints de nous éclairer à la bougie ! Errare humanum est, perseverare diabolicum.