Éditorial 99

Par Fabrice Massé - 15/10/2026

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Le salut viendra du collectif et d’objectifs partagés, dans des lieux ouverts et pas seulement aux heures des spectacles

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Stop the machine !

Cette saison 2026/27, la compagnie Cassandre va jouer son spectacle une petite dizaine de fois dans la région, « l’art d’avoir toujours raison ».
La bien nommée troupe de théâtre en a pris son parti : quitte à dire la vérité sans être jamais crue, selon le mythe dont Cassandre est le nom, mieux vaut en rire !

Mais rire n’est pas franchement au programme cette rentrée. Les lycéen-ne-s sont dans la rue pour revendiquer de meilleures conditions de travail et pour un avenir moins anxiogène. Or, à l’heure où nous bouclons, les casseurs semblent avoir pris le pas sur les cortèges.

Aux niveaux géopolitique et climatique, l’horizon n’étant pas non plus à l’éclaircie, difficile dès lors de se projeter. Le chaos règne également en France par une liste de candidat-e-s pléthorique aux élections présidentielles dont le spectacle constitue en lui-même une source d’inquiétude. Chacun-e, dans son couloir de nage, cultivant « l’art d’avoir toujours raison » et semblant prétendre être le héraut providentiel dont le pays a besoin, nul n’est crédible. C’est l’abîme assuré.

« Comment des responsables politiques aussi intelligents individuellement peuvent-ils être, collectivement, aussi stupides ? » s’interrogeait dans une tribune Emmanuel Négrier (Midi Libre 03/10/26). Le politicologue s’indignait, en effet, des divisions entre les candidats qui ont permis, ce début d’automne, l’élection de sénateurs RN, ce qu’il ne cautionnait pas. Bien malin qui formulera l’explication !

Pour les nouvelles têtes aux manettes des théâtres régionaux, cette saison, le salut viendra du collectif et d’objectifs partagés, dans des lieux ouverts et pas seulement aux heures des spectacles. Une unanimité qui fait sens face aux menaces qui pèsent toujours plus lourdement sur leurs programmations.

Tandis que des consultations publiques en tout genre continuent d’être lancées partout en France et dans la région, nous enjoignant de nous exprimer sur des sujets de société, d’aménagement ou de démocratie locale, l’issue n’a-t-elle pas été maintes fois formulée ? Nous voulons être a-sso-ciés aux décisions, comme le redisent les consultations menées par l’agglomération de Sète, dernièrement !

Car qui peut imaginer que l’expertise de quelques-uns, politique ou ingénieurs – celle de l’IA, désormais – pourra seule porter le combat contre les défis d’aujourd’hui ? « Stop the machine ! » dit-on au musée régional d’art contemporain.

Mais le collectif ne peut pas tout. Joan Miró en sait quelque chose, lui qui fut publiquement trahi par ses amis surréalistes. C’est en tout cas ce que rappelle l’exposition de l’artiste aux Abattoirs, à Toulouse. Jamais revanchard ni doctrinaire, Miró n’en a pas moins poursuivi son œuvre radicale, engagée et libre, mais ailleurs et avec d’autres.

On le découvre également dans l’exposition au musée municipal de Perpignan, une ville pilotée par le RN. Ne nous restera-t-il bientôt qu’à nous réjouir qu’un tel paradoxe soit possible ? À force de cultiver chacun l’art d’avoir toujours raison, le risque est d’avoir tort tous ensemble.