Love Touch, c’est ce qui vient à l’esprit en regardant le travail facilement identifiable de l’artiste Sunra. Sur les murs de Montpellier, des cœurs rouges essaiment chacune de ses œuvres en noir et blanc réalisées au pochoir. Il fallait quand même oser s’approprier cette symbolique, sans crainte d’être taxé de grand naïf. Mais Sunra assume, totalement. « Je ne cherche pas à révolutionner l’art. Je souhaite juste me sentir utile en apportant du positif dans le quotidien des gens. Il y a déjà, dans notre société, assez d’agressivité. »

Cette signature pacifique n’empêche pas le street artist de porter des messages forts. Sa première œuvre, il l’a d’ailleurs réalisée en Tunisie, son pays d’origine, juste après la révolution de 2011. Sur un mur de la capitale, il réalise alors une affiche faisant référence au poète et musicien soul Scott-Heron, dont il détourne une chanson (The Revolution Will not be Televised) en inscrivant The revolution Will be live. « C’était ma façon de prendre part au combat, de rester en lien avec ma famille tunisienne et de franchir le pas dans ma pratique, ce que je n’avais pas osé faire en France alors que j’en rêvais », se souvient Sunra.

La poésie en étendard
De son passé lointain dans le graphisme, Sunra a emprunté les codes de la communication visuelle et de la pub, se défendant néanmoins de toute recherche d’esthétisme. Dans la lignée d’artistes tels que Banksy, il use de références pour sensibiliser, dénoncer, sans jamais être offensant. « Un artiste est une sorte d’historien qui porte un regard sur le monde et le raconte à sa façon », aime-t-il dire. Après les attentats du Bataclan, il colle ses cœurs sur des œuvres collectives, pour apaiser les tensions et diffuser un message porteur d’espoir. En quête de sens dans une société aseptisée, il illustre la crise sanitaire avec un enfant masqué respirant un rosier d’où émanent quelques mots bien sentis : je garde en moi ces odeurs qui font toi. La poésie en étendard. Admirateur de Gandhi, il l’est aussi de sportifs de haut niveau – comme Usan Bolt ou Ronaldo –, ou de musiciens de jazz – Nina Simone, Chet Baker. Il emprunte d’ailleurs son blaze à un pianiste de jazz américain. Depuis quelques années, Sunra se faisait plus rare. Du moins sur les murs. « Être présent sur les murs est une part de moi que j’offre aux passants mais cela ne suffit pas pour vivre de son art », concède avec sincérité l’artiste qui se lance alors dans un travail de sensibilisation à la pratique du pochoir et de l’illustration dans plus de 80 écoles, collèges et lycées. « Moi qui suis de nature introvertie, cela m’a permis de m’ouvrir aux autres. Et le côté transmission a vraiment fait sens. Ce furent de très belles années. »
Aujourd’hui, Sunra reprend sa vie dans la rue. À sa façon, il manifeste, pour s’exprimer. Un droit à la liberté d’expression qui lui manquait tant dans sa jeunesse, sous le régime autoritaire de l’ex-président tunisien Ben Ali. Une vraie revanche. Lui préfère évoquer « un vrai principe de démocratie. »
Nul doute qu’en flânant dans Montpellier et ses alentours, vous rencontrerez Sunra, à la croisée de ses chemins qui mènent à l’amour.

 

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