René Lacaille, sa famille et ses invités nous ont emmenés au « marché du soleil », comme nous y invitait le titre de Massilia Sound System interprété sur la scène nationale de Sète, jeudi 26 septembre. Archi plein, le théâtre qui célèbre cette année ses 120 ans fêtait surtout ce soir-là les 70 ans de scène de l’artiste réunionnais, installé à Sète depuis 2022. Chanteur, accordéoniste, guitariste – multi-instrumentiste en fait puisqu’il joue aussi de la batterie et du saxophone –, René Lacaille n’a pas seulement franchi l’océan Indien (puis la Méditerranée) pour nous faire entendre maloja et séga contemporains. De rencontres en projets musicaux avec de nombreux artistes de cultures différentes, il a sans doute franchi toutes les mers du monde nourrissant son œuvre de sonorités jazz, africaine, brésilienne… En France, René Lacaille a accompagné entre autres Jacques Higelin, Georges Moustaki, Manu Dibango, Richard Galliano et Pierre Perret.
Pas étonnant, dès lors, qu’il y ait eu tant de monde à son Kabaré Kréol pour souffler les bougies de son gâteau d’anniversaire avec lui. Lors de ce concert à la fois intime, festif et généreux, volontiers accoudée au bar de la paillote de plage reconstituée sur scène pour l’occasion, la troupe s’est faite discrète pour offrir son cocon bienveillant aux morceaux du compositeur interprète. Tantôt accompagné par ses enfants Marc et Oriane, également musiciens ; tantôt par ses complices en quartet Pascal Futol (percussions), Aldo Guinart (saxophone, flûte), Gérald Chevillon (saxophone), René Lacaille est resté sereinement assis, la plupart du temps, chaloupant son accordéon sur ses genoux en des timbres bigarrés, syncopés, délicieusement subtils. Son ami Soro Solo, animateur de radio ivoirien, endossait quant à lui le rôle de M. Loyal, et assurait de son sourire contagieux présentations élogieuses et transitions chatoyantes.
Mais la salle tout entière n’a pas manqué de se lever lorsque Hakim et Mouss Amokrane (Zebda), Gari Grèu (Massilia Sound System) et Mourad Musset (La rue Kétanou) se sont à leurs tours chargés de l’ambiancer ! Faute d’espace adapté, les rangées de fauteuils comme les balcons du théâtre ne s’y prêtant guère, il ne fut toutefois pas vraiment possible de danser. Frustrant quand on sait que Lacaille et ses amis ont pour réputation de faire durer la fête toute la nuit ! Après environ deux heures de spectacle « faute d’autorisation spéciale du préfet », assurait aussi sérieusement que possible Soro Solo, le gâteau d’anniversaire fut servi sur scène, les bougies toutes soufflées (grâce à la contribution efficace de la petite-fille de la famille Lacaille qui assura aussi quelques chœurs) et le public dut se résigner à partir, heureux malgré tout.