Vendredi 10 avril, Agnès Jaoui, la présidente de la cinémathèque de Toulouse, inaugurait les nouveaux locaux, après deux ans de travaux, en soulignant : « Toulouse abrite la deuxième cinémathèque du pays et une des collections de cinéma les plus importantes d’Europe. » En ce centre de conservation et de recherches est ainsi préservée une incroyable compilation de bobines, d’affiches, d’appareils et de costumes.

Une pêche aux trésors permanente
Installé à Balma, en périphérie de Toulouse, depuis 2004, le centre de conservation et de recherches de la cinémathèque fonctionne au rythme des donations et des découvertes. Ce jour-là, c’est un nouveau fonds qui arrive. « Nous avons reçu dernièrement les archives photos de Max Tessier, journaliste critique de cinéma spécialiste du cinéma japonais. J’ai fait l’aller-retour en camion jusqu’à La Rochelle pour récupérer sa correspondance et ses photos », raconte Vincent Spillmann, documentaliste au département des collections. En vidant les cartons, il fait des trouvailles. « Ici, des photos avec le réalisateur Yves Boisset, et là, avec Leonardo di Caprio… » Outre le catalogage, Vincent s’attelle à leur traitement et leur mise en valeur. « On a récupéré 400 ektachromes d’un collectionneur. Ils vont compléter notre collection de 35 000 transparents, ektas et diapos. Certains ont servi à la nouvelle exposition de la cinémathèque En toute transparence pour laquelle on a créé les cadres, supports et vitrines. »
Un demi-million de photographies
Vient ensuite le classement minutieux : chaque photo intègre une pochette, rangée par film, personnalité ou thématique. « Ce sont des photos de plateau, de tournage, de promotion, parfois même de repérage, d’avant-première, ou des photogrammes extraits de la pellicule », précise Vincent. Toutes sont cataloguées informatiquement, mais la numérisation reste à la demande. Le fonds compte ainsi 500 000 photographies – et il a fallu dix-huit ans à Vincent pour tout classer. L’ensemble est consultable sur le site Ciné-Ressources, et bientôt sur le nouveau portail Garance.
Le site, fermé au grand public, n’accueille que chercheurs, étudiants, écrivains, journalistes… Et les distributeurs : « Avec eux, je gère les demandes d’images pour la réalisation de coffrets DVD ou de livres », détaille Vincent Spillmann.

Une collection vertigineuse
Sous la direction de Francesca Bozzano, responsable des collections, une équipe de neuf personnes assure un travail remarquable de restauration et de préservation. Le centre abrite notamment :

• 100 000 affiches de films, dont la plus ancienne remonte à 1906 – conservées à plat ou roulées, protégées et intégralement cataloguées ;
• 2 500 scénarios, des dessins représentant maquettes et plans de décors, des maquettes d’affiches et des maquettes des cinémas de Toulouse.
• une collection de costumes de cinéma, dont ceux du film Un long dimanche de fiançailles ;
• des objets de pré-cinéma – lanternes magiques, praxinoscopes – ainsi que caméras et projecteurs ;
• et surtout, dans la chambre froide maintenue à température constante, 57 000 copies de films, dont les bobines ont été vérifiées, nettoyées, restaurées et reconditionnées dans de nouvelles boîtes.

Déjà à l’étroit
À partir de septembre, la surface du centre sera doublée – il est déjà saturé. Les travaux dureront plus de deux ans, conséquence directe des trois ou quatre grandes collectes annuelles qui viennent régulièrement enrichir les réserves.
À noter : la Cinémathèque invite Rossy de Palma à programmer 8 séances dans le cadre du Nouveau Printemps.

Repère historique

La Cinémathèque de Toulouse naît d’une passion militante : dans les années 1950, le critique Raymond Borde, son épouse Colette et un cercle de cinéphiles constituent les premières collections. L’association loi 1901 est officiellement fondée le 12 février 1964. Aujourd’hui, les locaux de la rue du Taur appartiennent à la Ville de Toulouse, tandis que le centre de Balma dépend du Conseil départemental.

Légendes :

1- Robby le robot dessiné par Roger Soubie pour l’affiche du film Planète interdite (Fred M. Wilcox, 1956, USA).

2- Vincent Spillmann, documentaliste, devant les vieilles bobines de films. Les boîtes sont remplacées par des neuves dès que les films ont été inventoriés.

3- Vincent Spillmann montre la collection d’ektachromes représentant Rita Hayworth.

4- Vincent Spillmann devant la réserve de rouleaux d’affiches.

5- Le centre de conservation et de recherches abrite de nombreux projecteurs, comme ce Pathé renforcé type ABR, modèle 1913, devant la photo dédicacée de Rita Hayworth.