Objectif Lune. Après une mission en orbite de Lune de plusieurs jours, les astronautes de la mission Artemis II sont rentrés sur terre le 10 avril dernier. Un succès qui a validé l’architecture de base du programme. Le prochain retour habité d’Artémis devrait avoir lieu avant 2029, date visée également par la Chine. Dans cette course à la Lune, l’indépendance de l’Europe représente un enjeu stratégique majeur. La société suisse Venturi Space – fondée par le monégasque Gildo Pastor, promoteur immobilier et pilote automobile –, travaille sur le développement d’un rover électrique lunaire répondant aux besoins de l’Agence spatiale européenne (ESA) et du Centre national d’études spatiales (CNES).

Opération mission extrême
Expert dans la construction automobile (la Venturi Fétish a été la première voiture de sport électrique), Venturi a à son actif plusieurs records établis en vitesse et endurance. « C’est à l’issue d’une de ces expéditions en mission extrême qu’est venue l’idée de développer des engins capables de partir sur la Lune, contextualise Xavier Chevrin, directeur de Venturi Space France. Le concept du rover est totalement disruptif mais nous gardons l’ADN de Venturi. »
Les défis du pôle Sud de la Lune sont multiples. En raison d’une grande quantité de cratères d’impacts qui n’ont pu être aplanis par l’érosion, le relief est très accidenté, avec des pentes à 30 degrés et des grains de poussière très abrasifs. Les écarts d’altitude sont importants, il n’y a pas d’atmosphère et les radiations provenant du cosmos et du soleil sont particulièrement intenses, pénétrantes. Quant aux températures, elles sont extrêmes, oscillant entre – 240 °C et + 130 °C, soit une variation avoisinant les 370 °C (contre 100 °C sur Terre).

Les roues hors-norme de Mona Luna
Assez compact – 2,50 m de long pour un peu plus de 1,60 m de large –, le rover de Venturi, baptisé Mona Luna, pèse 750 kilos. Tout électrique, il se recharge grâce à des panneaux solaires, et ses trois batteries haute performance lui permettent de fonctionner de manière autonome et de pouvoir ainsi tenir plusieurs nuits lunaires. Prouesse technologique, les roues hyper déformables (brevetées), sont composées de plus de dix types de matériaux (aluminium, acier, titane, composites…) de manière à absorber le relief. Quant à la pression des pneus, elle est particulièrement basse (0,14 bar) pour optimiser l’agilité : l’engin pourra franchir des obstacles de 30 cm de hauteur ou de profondeur et rouler à une vitesse de 20 km/heure. « Un énorme travail a également été fait en termes de robotique puisque l’engin sera doté d’un bras robotisé pour manipuler des instruments scientifiques et des charges de 250 kilos et les déposer sur le sol lunaire, complète Xavier Chevron. Son hybridation (entre robot et véhicule) le rend flexible et autonome dans ses missions pour faire par exemple du mapping (scanner le sol…), gérer les cartes (pour avoir des états des lieux précis) ou faire de l’échantillonnage. » Pilotée depuis la Terre, Mona Luna pourra également transporter un astronaute en cas d’incident (avarie de scaphandre, etc.).

Toulouse, point névralgique
Un sol et des roches lunaires pour décor, un ciel noir à l’horizon où on peut apercevoir la Terre… depuis le 31 mars dernier, le Pavillon des expositions de la Cité de l’espace (Toulouse) accueille une maquette taille réelle du futur rover. Venturi Space a également choisi la ville rose pour la ligne d’assemblage de Mona Luna. La société a racheté à la métropole trois terrains à proximité du CNES pour en faire un site de 16 000 m2 (100 millions d’euros d’investissement). La construction devrait démarrer en mai pour une livraison en 2027.
« Les sites de Suisse et de Monaco vont fournir le train roulant et le système de navigation puis le rover sera assemblé dans son entièreté à Toulouse, précise le directeur de Venturi Space France. Le site comprendra bureau d’études, salle blanche, salle grise, chambre à vide thermiques pour les tests. Nous prévoyons d’embaucher 150 personnes d’ici 2030. Les délais sont très courts car Mona Luna doit être prêt pour 2029. » L’alunissage est prévu en 2030.