Depuis le 1er septembre 2026, Stéphane Gil dirige la Cité européenne du Théâtre et des arts associés Domaine d’O à Montpellier, après huit ans au Théâtre de la Cité à Toulouse. « Passer du Théâtre de la Cité au Domaine d’O, c’est comme passer d’un club de foot à un club de natation, tellement les types de structures sont différents », illustre-t-il. Il quitte un Centre dramatique national, dont l’État est le premier partenaire, pour une structure portée par la métropole de Montpellier, qui préside l’établissement public de coopération culturelle (EPCC) né non sans peine de la fusion entre le Domaine d’O et le Printemps des comédiens en janvier 2025. C’est donc avec le soutien enthousiaste du maire-président de Montpellier Méditerranée Métropole, Michaël Delafosse, que Stéphane Gil dessine sa future ligne artistique : avec « exigence, ambition, innovation » et l’hospitalité en maître mot ; « le public doit habiter les lieux au-delà des spectacles », invite-t-il.

Côté Théâtre de la Cité, Émilie Capliez et Matthieu Cruciani ont pris les commandes. Si la saison à venir du centre dramatique national (CDN) est en partie signée de l’ancienne direction, les co-directeurs présentent déjà plusieurs mises en scène personnelles avec, pour eux aussi, l’ambition de développer « un lieu ouvert et chaleureux ». Mais sur la scène théâtrale toulousaine, le changement est partout. Trois grandes scènes ont récemment changé de direction : au Théâtre Garonne, Aurélien Bory a pris son poste en 2024 et au Théâtre Sorano, c’est Karine Chapert qui a été nommée en 2025, après vingt ans dans la même structure, à d’autres fonctions. Deux décennies pendant lesquelles elle a pu apprécier différentes organisations du Sorano et prendre conscience de la dégradation du contexte budgétaire. Dorénavant, c’est pour elle un véritable « travail d’orfèvrerie » qui est nécessaire afin d’ajuster les différentes sources de financement et un « dialogue avec les tutelles, pour les responsabiliser ». Elle mise également sur la coopération : avec les autres théâtres et des structures voisines comme le Muséum ou le Quai des Savoirs, avec les artistes (trois compagnies sont associées) et avec l’équipe interne, via une gouvernance partagée qui s’appuie sur les compétences de chacun. « Ça ne peut fonctionner que si on amène tout le monde », résume-t-elle, l’enjeu étant de soigner la qualité du lien entre les personnes, avec une programmation généreuse et accessible « sans frein d’argent » ni de barrière symbolique, autrement dit que chacun puisse se dire que le théâtre peut être fait pour lui.

Les relations entre les directions culturelles et représentants politiques ne sont pas toujours apaisées. Au lendemain des dernières élections municipales, sous la nouvelle majorité, le contrat de Gabriel Lucas de Leyssac, jusque-là directeur artistique du théâtre Jérôme Savary à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), n’a pas été renouvelé. « Ça ne s’est pas fait proprement, je n’ai pas pu finir de boucler la saison », regrette-t-il. Pour lui, cependant, « ce n’est pas une catastrophe ». Sollicitée, la mairie de Villeneuve n’a pas donné suite. Auparavant, à la tête du Kiasma à Castelnau-le-Lez, pendant trois ans, un poste qu’il avait quitté las de l’ingérence de certains élus dans sa programmation – une ingérence assummée par l’ancienne majorité, le théâtre étant en régie directe –, il n’a pas envie de redevenir salarié d’une collectivité locale et préfère désormais « les missions de transition ». Remplacé à l’époque par Olivier Morançais, c’est l’acteur et producteur Jérémy Banster qui est le directeur de la Culture de la Ville et du lieu depuis cette rentrée. Au théâtre Jérôme Savary en revanche, pas de nom encore pour le remplacer.
Parmi les départs, saluons celui de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano du centre dramatique national des 13 vents, à Montpellier, en 2027. À l’issue de leur neuvième et dernière saison, ils prendront la direction du Théâtre de Gennevilliers qu’ils connaissent déjà très bien. Leur talent et leur sympathie nous manqueront.

Des directions dans un secteur en tension
Le spectacle vivant s’organise au niveau national, face aux baisses de subventions. Le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (SYNDEAC), qui a qualifié dans l’un de ses communiqués le budget 2026 de la culture de « funeste », a multiplié les prises de parole lors des grands rendez-vous du secteur, notamment au Festival d’Avignon. Vingt-huit structures, dont le Théâtre de la Cité, ont demandé le déblocage des crédits gelés par l’État, ce qui a été effectué pour douze centres dramatiques nationaux et sept opéras. « Il était très important de porter une voix commune pour faire entendre nos inquiétudes », expliquent Émilie Capliez et Matthieu Cruciani, qui précisent rester « très vigilants sur la situation du CDN dans cette conjoncture incertaine ». Le Théâtre Garonne à Toulouse reste dans une situation préoccupante, voyant sa subvention DRAC baisser de 41 % en deux ans, et prévient, dans « un courrier aux spectateur·ices » publié sur son site web, ne plus être en mesure d’assurer une programmation au-delà de mai 2027 si aucune solution n’est trouvée.

Du côté des arts visuels, le CIPAC, fédération des professionnels de l’art contemporain qui a notamment pour but la défense du secteur, a dénoncé, en juin, un « démantèlement silencieux du maillage culturel des territoires », pointant fermetures et affaiblissements des lieux d’art contemporain à l’échelle nationale. En Occitanie, le BBB, centre d’art contemporain toulousain fondé il y a plus de trente ans, a fermé ses portes et se trouve en liquidation judiciaire depuis février 2026.

« Des endroits où l’on parle »
C’est dans cette période « aux signaux inquiétants » que Claire Nicolas prend la direction, à compter du 5 octobre 2026, du Centre d’art et de photographie de Lectoure (Gers), un des neuf centres d’art français spécialisés en photographie. Si elle salue le maintien du soutien des partenaires historiques, elle n’est pas dupe : « Quand les subventions n’augmentent pas, la réalité de l’inflation fait qu’en fait, elles baissent, observe-t-elle. Il y a des années, il y avait sept personnes au centre d’art ; aujourd’hui, nous sommes trois, et les missions sont les mêmes. »
Diplômée de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles et lauréate du programme du ministère de la Culture La Relève, Claire Nicolas s’est occupée pendant cinq ans de la Maison de l’Image et du Festival Le Mois de la Photo à Grenoble, cumulant programmation, accueil des publics et médiation, cette dernière mission imprégnant son parcours depuis toujours, tout comme son projet pour Lectoure : « Je me situe du côté de la réception des œuvres », résume-t-elle.
Elle souhaite faire du centre d’art « un lieu accueillant, où l’on passe, où l’on revient, où l’on discute de photographie, mais pas que » et penser une archive vivante et participative, proposer conférences et ateliers de pratique, transmettre des outils pour décoder les images qui nous entourent, mais aussi faire circuler les œuvres sur le territoire et ouvrir la photographie à l’art contemporain. Le centre d’art fêtera par ailleurs ses quarante ans en 2027, année du bicentenaire de la photographie.

Cultiver les lieux et les liens
À Montpellier, l’historienne de la photographie et commissaire d’exposition Luce Lebart a pris la direction artistique du Pavillon Populaire début 2026, succédant à Gilles Mora, qui dirigeait l’institution depuis 2010. Ancienne directrice des collections de la Société française de photographie puis de l’Institut canadien de la photographie, elle inscrit, elle aussi, son projet dans une démarche d’ouverture et d’accessibilité de la photographie pour tous.
Cette nécessité de rassembler revient systématiquement dans les projets des nouvelles directions sollicitées. Ainsi que le formule Claire Nicolas : « Nous avons besoin de plus en plus d’endroits où l’on parle, où l’on échange », une ambition que partagent Stéphane Gil et Karine Chapert, qui pensent eux aussi leurs lieux respectifs comme des endroits pour tous.
Ainsi, les nouveaux dirigeants du secteur culturel répondent-ils à la fois aux besoins des artistes et à ceux d’une société parcourue de multiples crises.

Légendes

1- Séphane Gil, nouveau directeur du Domaine d’O, à Montpellier.
© FM/artdeville

2- Aurélien Bory, directeur du théâtre Garonne depuis septembre 2024.
© Aglaé Bory

3- Matthieu Cruciani et Émilie Capliez, co-directeurs du théâtre de la Cité.
© Simon Gosselin

4- Luce Lebart a pris la direction artistique du Pavillon Populaire.
© Chau Cuong Lê

5- Karine Chapert a été nommée en 2025 à la tête du Sorano.
@ Franck Alix

6- Gabriel Lucas de Leyssac – Directeur culturel pour des missions de transition.
© Pierre Planchenault

7- Claire Nicolas prend la direction du Centre d’art et de photographie de Lectoure.
© Gaël Payan, La Maison de l’Image 2024