
Douze tonnes, c’est le nombre de déchets agricoles, générés par l’agriculture, la sylviculture et la pêche, produits chaque seconde en France. Une biomasse colossale dont la gestion est un véritable enjeu de transition écologique. « Il y a une forte complexité derrière toutes ces gestions de déchets ou de coproduits, note l’ingénieur héraultais Manuel Moineau. Lors des vendanges par exemple, les domaines viticoles ont des obligations de traitement des résidus, certains sont brûlés ou pourrissent sur place dégageant du méthane ou du sulfure d’hydrogène. D’autres partent en distillerie pour être transformés en bois-énergie ou en biocombustibles solides, entraînant un relâchement du CO2 dans l’atmosphère. Mais globalement, ces valorisations restent faibles et représentent un coût important pour les entreprises. »
Spécialisé dans les sciences environnementales et les matériaux, Manuel Moineau, qui est aussi exploitant agricole, espère bouger les lignes avec sa société Vignite Origins, cofondée avec un autre ingénieur, Nicolas Treholan. Leur feuille de route : proposer une nouvelle alternative avec la transformation des résidus agricoles en emballages biosourcés ou en biochars, ces solides poreux produits par pyrolyse utilisés notamment pour l’amendement et la restructuration des sols.
Trois micro-usines mobiles
Les deux ingénieurs sont partis sur le projet « disruptif » de déployer des micro-usines transformant in situ les résidus (sarments de vignes, marc de raisin, coques d’amandes…). « Le fait de transformer les coproduits sur le lieu de collecte est totalement inédit, assure Manuel Moineau. Cela permet de supprimer le transport de la matière première vers des giga-usines coûteuses. »
Le concept, simple, repose sur trois conteneurs maritimes (6 mètres chacun) : le premier assèche et broie la biomasse pour récupérer les lixviats, jus nobles très prisés par l’industrie du luxe et de la cosmétique. Le second, équipé d’un four à pyrolyse, permet de brûler une partie de la biomasse pour produire du biochar. Le gaz de synthèse, issu de la pyrolyse, est récupéré en boucle fermée pour alimenter les presses en électricité. Quant au troisième, il est équipé d’une presse de thermocompression et d’un moule pour fabriquer les emballages premium sans colle ni solvant ni plastique. Les trois conteneurs sont pilotés à distance et en temps réel.
Phase d’amorçage
Soutenue par la pépinière du Sydel, Novel ID, la start-up travaille en partenariat avec le CNRS, l’INRAE, le CIRAD et l’IUT Nîmes. Cinq brevets ont déjà été déposés et des lettres d’intentions signées pour sécuriser débouchés et gisement. « Nous sommes en contact avec le groupe viticole Advini (leader des vins de terroir), Sud Amandes, Coopenoix et pour les emballages de grands groupes de luxe, confie l’ingénieur. Nous avons également sécurisé les sorties en biochar en nous accordant, dès la mise en service, sur les prix du marché. La prochaine étape, c’est la levée de fonds. Mais je suis confiant, les planètes sont alignées avec une règlementation très contraignante en Europe (entré en vigueur depuis août 2026, le nouveau règlement européen relatif aux emballages PPWR – Packaging and Packaging West European – vise à réduire l’impact environnemental du secteur NDLR) sur laquelle tous les acteurs vont devoir avancer. Pour nous, les perspectives de débouchés sont énormes. »
Vignite Origins est actuellement en levée d’amorçage (500 000 euros) pour financer l’assemblage et le déploiement du premier démonstrateur, idéalement au premier trimestre 2027. Avant la phase suivante, une levée de 12 millions d’euros pour industrialiser le projet.








