
Alors que les budgets culturels des collectivités ne cessent de se dégrader, des initiatives individuelles tentent d’inverser la tendance en montrant de nouvelles voies. C’est le cas de Philippe-André Dayan, ancien consultant en développement industriel et en fusion acquisitions, qui a tout lâché pour soutenir activement des projets culturels dans le sud de la France via son fonds de dotation baptisé FRAISE, un acronyme – Fonds pour le Rayonnement Artistique, l’Intégration Sociale et l’Emploi – particulièrement bien choisi. « Je ne me reconnaissais plus professionnellement dans cette violence quotidienne au niveau de l’humain, cela n’avait aucun sens, c’était une stratégie contre-productive. Alors j’ai longtemps cherché un modèle qui pourrait fonctionner, où l’humain serait au cœur de l’écosystème. Bien qu’il soit très fragmenté, le marché de la culture m’est apparu comme une évidence : découvrir le temps long des projets artistiques en les inscrivant dans une réalité sociale et commerciale sans que la logique marchande interfère dans le processus créatif. »

Quarante-cinq projets soutenus
En 2021, Philippe-André Dayan vend tous ses biens et se porte acquéreur d’un hôtel particulier du XIXe, 1 000 m2 en plein cœur de Montpellier, qu’il met à disposition d’artistes. FRAISE devient une résidence où auteurs, cinéastes, graphistes, écrivains, plasticiens, designers viennent se régénérer, échanger, partager. « Un refuge nutritif » où la jeune génération côtoie des artistes renommés (Guy Delisle, Richard Di Rosa…). En cinq ans, quarante-cinq projets sont produits, coproduits ou soutenus comme le film Chien de la casse de Jean-Baptiste Durand, primé aux Césars 2024 ou la série Jacques Vergès, l’amoral de l’histoire. Plusieurs longs-métrages et courts sont en cours de production ou de post prod comme Belladone (avec Kim Higelin et Louisiane Gouverneur) ou Les Incandescentes (avec Jean-Baptiste Durand dans son premier rôle), merveilleux film de Lou-Brice Léonard qui traite de l’influence de la culture dans l’émancipation des femmes issues de milieux populaires. On pourrait aussi évoquer les coloristes qui ont travaillé sur des albums de Joann Sfar ou sur des œuvres du dessinateur Lewis Trondheim, l’accueil en résidence de l’illustrateur Nui Vagab ou encore la production de l’album jazz de Louis Martinez (Jazz à Sète), en partenariat avec Radio France.
« Pour faire un projet culturel et social, ce qui est notre vocation, le facteur déclenchant, c’est l’envie de faire ensemble, de partager, avec un postulat, celui de bien faire, indique le président de FRAISE. Difficile de rationaliser pourquoi cela marche, mais nous sommes soutenus par des tiers de confiance, l’ONU, des pouvoirs publics, des institutions prestigieuses (Yale, l’université Paul Valéry à Montpellier), le laboratoire Leyris… Nous nous sommes également fixé nos propres contre-pouvoirs en mettant en place une gouvernance avec commissions collégiales et audit externe pour s’assurer de la viabilité et de la régularité de nos intentions. »

Une rénovation d’envergure
À l’abri des regards derrière les murs d’enceinte, le château FRAISE entame une nouvelle ère avec des travaux de réhabilitation estimés à près de 2 millions d’euros. Après « trois ans d’efforts, de doutes et de rêveries » et un montage financier complexe pour les travaux, le chantier titanesque commence à prendre forme. À terme, 4 niveaux regroupés par métier – au sous-sol 9 studios image et sons spécialisés en enregistrement et postproduction, au rez-de-chaussée 250 m2 de danse et de résidence, un 1er étage dédié à la production, l’écriture et les jeux vidéo et le dernier à l’illustration et la bande dessinée avec un atelier de 250 m2.
Adhérant pleinement à la démarche de FRAISE, l’architecte Rudy Ricciotti a imaginé une résille de béton qui viendra se poser sur la toiture, une signature qui devrait ajouter de la valeur au bâtiment. Le projet FRAISE est en attente des agréments, notamment celui de la ministre de la Culture qui doit valider son intérêt général.
À deux pas du château, toujours dans la rue de La Merci, Philippe-André Dayan a également acheté un garage qu’il a transformé en atelier pour artistes. En ce moment, trois d’entre eux – Fragments, Hector Oriol et Nui Vagab – exposent dans différents lieux de la ville.
En parallèle, FRAISE travaille sur un projet de musée à ciel ouvert sur 24 hectares, à Port Miou, dans les calanques de Cassis, avec l’aval de l’ONU et en partenariat avec le laboratoire d’écologie et d’architecture de l’Université de Yale. « L’idée serait de déployer un éco-centre d’art s’inscrivant dans l’audace, l’innovation et l’environnement », projette déjà le président de FRAISE.
Candidatures
Il n’existe pas de limite d’âge ni d’expérience pour devenir résident chez FRAISE. Les membres de la commission de sélection sont autorisés à susciter ou proposer des candidatures. Afin de garantir un regard pluraliste et en constante évolution, le comité (structuré autour des quatre piliers de FRAISE – image son, bande dessinée et arts graphiques, arts plastiques et design, écriture) est renouvelé tous les trois ans. FRAISE reçoit aussi des résidents dans le cadre de partenariats avec universités, écoles ou entreprises privées. Un appel à candidature annuel est lancé sur des sites choisis.
Légende
1 -Philippe-André Dayan, accompagné de l’architecte Rudy Ricciotti, devant l’hôtel particulier du projet FRAISE.
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2- L’architecte Rudy Ricciotti a imaginé une résille de béton qui viendra se poser sur la toiture. Sa vue extérieure et intérieure.
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