C’est par l’attention que nous portons à la forme que nous parvenons à élargir notre public », introduit Numa Hambursin, directeur du MO.CO., en préambule d’une visite de presse de l’exposition le 12 juin. Admettons-le, le fond n’en est pas moins soigné. En témoigne l’accrochage de cet été, consacré à l’artiste américaine Kiki Smith, figure de l’art contemporain. Intitulée Être ici | Maintenant | Partout, cette rétrospective réunit plus de cent œuvres réalisées au cours de quatre décennies de création.

Née en 1954, Kiki Smith développe depuis les années 1980 une œuvre tout terrain mêlant sculpture, dessin, gravure, photographie, tapisserie ou encore livre d’artiste. Son travail explore les relations entre l’être humain et son environnement, le corps comme miroir du monde par son enveloppe et ses interactions sociales, culturelles ; comme produit darwinien de la nature par son métabolisme, ses organes. Le féminisme tient également une bonne place dans son inspiration.

Conçue en collaboration avec l’artiste, l’exposition occupe l’entièreté des trois niveaux du centre d’art. Son fil narratif n’y tisse aucune hiérarchie, il enlace plutôt les motifs, les formes et les matériaux. Une réflexion sur le corps, donc, que Kiki Smith explore dans toutes les dimensions : comme « un lieu d’expérience, de mémoire et de transformation » expliquent Pauline Faure et Rahmouna Boutayeb, curatrices du MO.CO. « Domestiquer mon Intérieur avant d’interagir avec le monde », tel serait, en substance, son mantra.
Dessins grand format, agencés sur papier népalais, tableaux de fleurs et miroirs flous, sculptures en bronze et en porcelaine… la richesse du travail de Kiki Smith valorise l’artisanat d’art. « Pour elle, la phase atelier est extrêmement importante », explique Pauline Faure. À l’instar de ses tapisseries réalisées par la manufacture des Gobelins qui ont mobilisé sept personnes pendant huit ans et qui sont montrées pour la première fois.
Une sculpture s’accroche immanquablement à la mémoire du visiteur, une œuvre qui montre la parturience d’une biche donnant vie à une femme. La figure est incongrue mais pour son auteure, nature et humanité n’ont pas de frontières. Dans son univers, animaux, plantes et figures mythologiques dialoguent librement. Kiki Smith construit, déconstruit, recompose, hybride selon des motifs, des thèmes ou des présences qui apparaissent et disparaissent selon un « fonctionnement en rhizome », décrypte Pauline Faure.

Enfin, c’est paradoxalement au sous-sol qu’on découvre la dimension cosmique et spirituelle de l’artiste. Étoiles, constellations, lunes et phénomènes célestes y content les récits, croyances et forces invisibles qui transcendent l’existence. Pour l’artiste, toutes ces formes de vie sont interdépendantes, communiquent. Y compris avec cet enfant agenouillé, semblant implorer le sol ici, maintenant et, au fond, partout à la fois. Comme le suggère la cimaise derrière lui sur laquelle une constellation est figurée, son message pourrait bien être universel.
« Je ne cherche pas à aller quelque part, ni à ce que mon travail ait un sens, défende une cause ou représente quoi que ce soit », précise Kiki Smith par une phrase mise en exergue sur un mur du MO.CO. Son œuvre n’en trouve pas moins une forte résonance avec les préoccupations contemporaines.

Légendes

1 et 2 – Vues de l’exposition, parmi des œuvres qui mêlent sculpture, dessin, gravure, photographie, tapisserie ou encore livre d’artiste.
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